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Skyline de la dépense publique en Europe : un décrochage français sur la recherche

Par Evidences
Publié le 14 janvier 2026

Publiée en décembre par la DREES, la figure ci-dessous, dite « skyline des dépenses publiques », compare les dépenses publiques en France à celles de onze pays d’Europe de l’Ouest et du Nord 1

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Lecture : Pour chaque catégorie de dépenses, l’aire totale du rectangle est proportionnelle à la dépense publique (relativement au PIB potentiel, qui désigne le PIB corrigé des variations conjoncturelles) pour cette catégorie en France. Par exemple, les dépenses publiques de retraites et vieillissement ont représenté 13,4 % du PIB potentiel en France en 2023, contre 10,3 % en moyenne dans les onze pays d’Europe de l’Ouest et du Nord pris pour référence. Ainsi, en 2023, la France a consacré 3,1 points de plus que les pays de référence pour les dépenses publiques de retraites et vieillissement.

Si, à l’inverse, le rectangle est en-dessous de la droite en pointillé, cela signifie que cette dépense est inférieure en France à la moyenne des onze pays de référence. On voit que le seul et unique poste de dépense publique où la France est moins-disante que la moyenne des pays comparables est : la dépense d’éducation et de recherche.

Le travail de la DREES montre que dans la grande majorité des pays européens les dépenses sociales 2 , qui représentent plus de la moitié de la dépense publique, ont augmenté plus vite que la croissance économique entre 2007 et 2023, tirées en premier lieu par les dépenses de retraite. En France, premier pays européen pour la part de la dépense sociale dans le PIB en 2023, cette augmentation est de 2,8 points de PIB sur la période, comparable à celle de l’Allemagne (+2,7) et légèrement plus élevée que la moyenne de l’UE (+2,3)

Cette dépense sociale est-elle choisie à raison, de façon evidence-based, sur le fondement de ses résultats positifs ?

Les auteurs de la DREES soulignent dûment qu’on observe effectivement sur la période une corrélation entre dépenses sociales et bénéfices de la protection sociale pour la population, plusieurs indicateurs (effet redistributif des prestations retraite, reste à charge en santé) s’étant ainsi améliorés en France entre 2007-2023.

Qu’en est-il pour les dépenses publiques hors dépenses sociales ?

Outre les dépenses sociales, les administrations publiques fournissent aussi des services d’éducation et de recherche, des services généraux, financent des mesures de soutien à l’économie, ou encore remboursent les intérêts sur la dette publique. La DREES montre que sur la période 2007-2023 les évolutions des dépenses sociales et des autres dépenses publiques ne sont pas forcément corrélées. En France cependant, la hausse a également concerné les dépenses publiques hors dépenses sociales : +1,2 point de PIB potentiel.

…Avec toutefois un unique poste qui singularise notre pays par un décrochage au regard de ses voisins : le poste « Education et recherche » est le seul pour lequel notre pays est moins-disant que la moyenne, avec 5,1% du PIB potentiel, versus 5,6% en moyenne en Europe de l’Ouest.

Les auteurs de la DREES, concentrés sur l’analyse de la dépense sociale, ne commentent pas ce décrochage rendu singulièrement visible dans leur skyline. Est-ce parce que, sur la dépense de recherche, l’analyse de la statistique publique est bien difficile à pratiquer sans multiples prolégomènes, en raison notamment de la distinction couramment retenue entre recherche « fondamentale » et recherche « appliquée » ?

Si l’on revient en effet aux chiffres Eurostat pour 2023, qui portent quant à eux sur l’ensemble de l’UE, on constate que la France a dépensé plus pour l’enseignement (5,0 % du PIB) que la moyenne (4,7 % du PIB) et que l’Allemagne (4,5 %) ; quant à la recherche fondamentale (i.e. non liée à des politiques sectorielles comme la santé, la défense…), elle représentait 0,7 % du PIB en France, comme la moyenne de l’Union européenne (1,0 % en Allemagne).

En outre, comme le montrait le blog Fipeco, si l’on y ajoute la recherche appliquée incluse dans les autres fonctions ou politiques publiques, le total montait à 1,6 % du PIB pour la France (y compris le coût du Crédit impôt recherche), contre une moyenne de 1,4 % du PIB dans l’UE (1,5 % en Allemagne). Or, notait l’association Fipeco, « il n’est pas sûr que la distinction entre recherche fondamentale et recherche appliquée soit faite de la même façon dans tous les pays ».

Une chose est sûre : à l’heure des débats budgétaires, il est crucial de justifier auprès des citoyens les choix politiques qui sont faits, de manière informative, pédagogique et transparente. On sait en effet que la complexité de la statistique publique sur la politique scientifique, la difficulté à en simplifier de façon visible et nette les grandes lignes de choix budgétaires, ne peuvent que servir la menace populiste. Là où il faut tout nuancer par moult prolégomènes avant de plaider nettement, ce sont les démagogues qui gagnent immanquablement. En l’espèce, la complexité des chiffres ne peuvent que profiter à la critique populiste contre la dépense publique de recherche – dirigée tout particulièrement, comme nous le rappelle aujourd’hui l’action de l’administration Trump, contre la lenteur supposée peu rentable des travaux scientifiques les plus fondamentaux (voir à ce sujet notre article ici). Notons donc au passage que l’avis sur le volet recherche du PLF 2026 présenté au nom de la commission compétente de l’Assemblée cite la position nette du ministre Philippe Baptiste en défense, lors de son audition, de l’investissement dans la recherche fondamentale : « l’articulation entre une très grande liberté laissée à la recherche fondamentale dans les laboratoires, qui se fait par appel à projets, et des décisions plus verticales et plus assumées par les dirigeants des organismes quand on monte en maturité est essentielle ».

Pour autant, cet avis de la Commission pour les affaires publiques et l’éducation souligne aussi malheureusement : « La poursuite par le politique d’une recherche « rentable » conduit à désinvestir les secteurs dont les retombées économiques sont jugées insuffisamment certaines ou rapides. Il a été souligné, au cours des auditions, que la recherche finalisée et appliquée est ainsi préférée à la recherche fondamentale ».

Au total, le débat parlementaire sur le budget de la recherche dans le PLF 2026 aura illustré récemment l’importance de disposer de chiffres clairs, explicites et éclairants sur les choix politiques discutés.

De ce point de vue, la « skyline » publiée par la DREES vient bien étayer un plaidoyer politique crucial, dont l’Avis rédigé au nom de la commission compétente de l’Assemblée sur le PLF 2026 a clairement rappelé les termes : « L’apparente stabilité du budget de la recherche par rapport à 2025 marque en réalité un net infléchissement de la dynamique d’investissement engagée dans le sillage de la loi de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030 dite « LPR ». Le budget alloué à la recherche dans le cadre du PLF pour 2026 – et le signal politique qu’il renvoie – traduit avant tout une logique d’économies budgétaires dans un domaine manifestement considéré comme non prioritaire. Or, un tel calcul ignore les externalités positives de l’investissement dans la recherche, qui ne saurait être assimilé à une simple dépense ».

Après tout, c’est bien là le cœur du travail de Philippe Aghion, prix Nobel d’économie 2025, que d’avoir montré combien, au-delà de la dépense, la recherche est un levier crucial de croissance, d’adaptation aux transitions écologique et numérique et d’innovation pour la santé et la défense.

 

“À l’heure des débats budgétaires, il est crucial de justifier auprès des citoyens les choix politiques qui sont faits, de manière informative, pédagogique et transparente.”
Notes
  • 1
    Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Autriche, Espagne, Portugal, Italie, Danemark, Suède, Finlande et Royaume-Uni
  • 2
    il s’agit de pensions de retraite, de remboursements d’assurance maladie, de prestations familiales, d’aides pour les chômeurs, de minima sociaux, d’aides à la personne, etc.
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