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Un nouvel obscurantisme à l’œuvre

Dans son livre « Les Lumières sombres (Comprendre la pensée néoréactionnaire) » paru en janvier 2026, le jeune chercheur en théorie politique Arnaud Miranda éclaire les origines intellectuelles de la néo-réaction, un courant d’idées qui irrigue désormais le mouvement MAGA ayant porté Donald Trump au pouvoir. Il soulève des questions troublantes sur les idées que ce courant diffuse concernant la technique, la science et le progrès.

Par Mélanie Heard
Publié le 1 mars 2026

Depuis les années 2010, une nouvelle contre-culture de droite radicale s’est développée sur internet aux États-Unis. Dans son livre Les lumières sombres paru dans la nouvelle collection Gallimard-Le Grand Continent, le jeune chercheur en théorie politique Arnaud Miranda décrit ce mouvement qui se nomme lui-même la « néo-réaction », ou encore les « Lumières sombres ». Il part notamment des écrits de ses figures centrales comme Curtis Yarvin ou Nick Land : des blogueurs qui tiennent sous pseudo des propos scandaleux dans un style loufoque. Mais aussi, montre-t-il, des théoriciens, qui manient sciemment l’ironie, l’hermétisme et la provocation et qui ont désormais accès au plus haut niveau de l’État, avec J.D.Vance notamment, et de l’économie de la tech, avec notamment Peter Thiel. L’ouvrage s’attache à restituer à la fois la forme de ce courant protéiforme, provocateur et anti-intellectuel, mais aussi ses composantes de fond – soit, essentiellement : anéantir la démocratie, diriger l’État comme une entreprise, mettre à bas l’Université, et bâtir un avenir raciste et eugéniste appelé progrès.

Modeste et mesurée dans sa volonté de sonner l’alerte culturelle, la proposition d’Arnaud Miranda ici est de nous donner la capacité de comprendre ces idées et de nous préparer à pouvoir y répondre. S’il ne nomme que peu dans son livre la science et la recherche en tant que telles, il montre que la critique néoréactionnaire du libéralisme politique est aussi une entreprise délibérée pour définir à nouveaux frais ce qu’est le progrès. Or ceci passe à la fois par une critique en règle de l’Université, par une haine des intellectuels, et surtout par une inversion de notre grammaire politique : si la néo-réaction brutalise nos fondamentaux scientifiques, moraux et politiques, c’est parce qu’elle s’attaque justement au fait que ces trois adjectifs-là sont pour nous forcément coordonnés. Ainsi, réhabiliter le racisme et l’eugénisme sert d’abord l’objectif de dénoncer le lien que le progressisme libéral organise entre la science, la morale et la politique.

Une contre-culture intellectuelle en action
Sidération, paralysie : face aux déclarations erratiques et aux décisions déroutantes de Donald Trump, la tentation est grande d’y voir une pure irrationalité, imperméable à toute interprétation cohérente. Pourtant, sa politique ne surgit pas ex nihilo : elle s’inscrit dans une contre-culture intellectuelle structurée de la droite radicale, que le politiste Arnaud Miranda nomme la « néo-réaction ». Dans Les Lumières sombres, livre issu de sa thèse, l’auteur montre que cette pensée s’ancre à la fois dans une histoire longue des idées et dans des configurations idéologiques très contemporaines. La cartographie qu’il établit révèle ainsi une synthèse instable mais opérante entre plusieurs traditions intellectuelles.

Ces traditions intellectuelles étaient au cœur de la thèse qu’Arnaud Miranda a soutenue en 2024 au sein de l’école doctorale de « pensée politique » de Sciences Po, rattachée au Cevipof : une école doctorale qui valorise les approches pluralistes articulant théorie normative, analyse conceptuelle et compréhension des faits politiques pour éclairer la traduction entre cadres conceptuels et réalités politiques concrètes. Miranda y a consacré sa thèse aux pensées de la décadence, sous la direction de Julie Saada. A partir d’un travail sur les auteurs de la « Révolution conservatrice » dans l’entre-deux-guerres (en particulier Oswald Spengler, Carl Schmitt et Julius Evola), il a montré comment le motif central de la décadence déborde de ce corpus pour irriguer de manière inattendue des auteurs de la pensée française de gauche des années 1970-1980 comme Gilles Deleuze, Félix Guattari ou Jacques Derrida.

De fait, pour le lecteur français, le terme « néoréactionnaire » renvoie immédiatement à la controverse déclenchée en France par la publication en 2002 du livre Le rappel à l’ordre de Daniel Lindenberg (que Miranda ne cite pas). Contesté lors de sa parution, cet essai décrivait l’émergence d’une rhétorique néoréactionnaire appelée à s’imposer dans l’espace public. Lindenberg, historien des idées, contributeur régulier de la revue Esprit et auteur de plusieurs essais sur les penseurs des années 1930, y soutenait que les critiques émergentes contre les « excès » du féminisme, les « naïvetés » de l’antiracisme ou les « dérives » de l’individualisme démocratique ne constituaient pas une simple correction autocritique du progressisme. Elles signalaient au contraire une recomposition idéologique profonde que l’auteur identifiait comme un phénomène de backlash culturel comparable à celui observé dans les sociétés anglo-saxonnes.

Dans un autre registre, c’est un travail d’archéologie des idées qui amène ici Arnaud Miranda à explorer, encore plus près de nous, les résonances des idées de décadence et de critique du progressisme libéral qu’il a repérées chez quelques blogueurs néo-réactionnaires américains, propulsés en quelques années au cœur de la recomposition idéologique du trumpisme.

 

Pourquoi faire ?
L’objet de ce livre est de nous aider à penser de manière critique ce qui peut paraître étrange, déroutant, choquant et inédit dans les mutations idéologiques en cours depuis la fin des années 2000 au sein de la droite américaine.

La première recommandation de ce livre est de ne pas céder à la trop facile tentation de la « théorie du fou » : théorisée par Nixon pour sa propre politique étrangère dans le cadre de la guerre du Vietnam, cette idée voudrait que l’avalanche des discours sidérants ait pour seul objectif de donner l’impression d’un comportement erratique – pour mieux surprendre et effrayer des parties adverses tétanisées, impuissantes. « Trump inonde certes sciemment l’espace politique, mais l’objectif n’est pas simplement de neutraliser l’opposition » (p.10) : il nous faut donc savoir repérer derrière cette apparence loufoque les signes d’un « plan précis et structuré » nourri d’une « véritable restructuration idéologique » qui ne doit rien au hasard, ni dans la forme, ni sur le fond.

Pour autant, le propos n’est pas non plus de crier au loup en prédisant la mort imminente de la démocratie américaine. Arnaud Miranda entame son ouvrage en affichant sa modestie : il cartographie et éclaire pour nous des idées très effrayantes, inadmissibles et scandaleuses, dont il a de bonnes raisons de juger qu’elles irriguent concrètement la politique de Trump ; mais, pour autant, il ne se veut pas prophète de catastrophes. Son souhait est d’offrir à un public large des éléments de compréhension qui permettent d’aller plus loin que les idées reçues récurrentes. Tous les idéologues de droite sont-ils globalement des fascistes rétrogrades ? Certains le sont vraisemblablement, mais l’auteur souhaiterait nous doter d’une connaissance plus précise de leurs stratégies. Faut-il de tout pour faire un monde, y compris quelques illuminés tenant des blogs loufoques vantant le racisme et le transhumanisme ? Peut-être, mais Miranda souhaiterait que chacun comprenne que la rhétorique scandaleuse ici est moins une faiblesse qu’une stratégie parfaitement maîtrisée.

Au plan de la méthode de recherche, il y va d’une défense de l’importance des idées en politique. Miranda explique que qualifier la néo-réaction de simple délire marginal revient à méconnaître la performativité des idées politiques, en particulier lorsqu’elles circulent dans des écosystèmes d’élite (tech, finance, conseil politique). Il rappelle ainsi que dans l’histoire des idées politiques, les discours produisent des cadres d’intelligibilité, des vocabulaires et des scénarios d’action qui rendent pensables, puis acceptables, certaines politiques. Ce ne sont pas « juste des mots », mais des idées susceptibles de structurer l’action publique dès lors qu’elles rencontrent des relais institutionnels et/ou économiques : en comprendre les particularités et les nuances n’est donc pas inutile.

 

La base : distinguer conservateurs et réactionnaires
L’ouvrage s’ouvre par une mise au point sur les catégories conceptuelles utilisées pour décrire les droites contemporaines, et notamment sur la nécessité de distinguer conservatisme et réaction. Une typologie fondatrice que l’auteur ancre dans la différence historique qu’il rappelle entre les pensées de Burke et de Maistre, ou entre Strauss et Schmitt. Alors que le conservateur s’accommode du cadre démocratique même s’il considère qu’il ne s’agit pas du meilleur régime, le réactionnaire, lui, veut mettre à bas la démocratie.

Ce qui intéresse d’ailleurs Arnaud Miranda ici, c’est d’abord de combattre, en s’appuyant sur le patrimoine idéologique de la droite, l’actuelle « forme de confusionnisme qui pousse aujourd’hui les conservateurs dans les bras des réactionnaires » 1 . Cette porosité, montre Miranda, n’est pas le fruit du hasard : ayons en tête que la stratégie des réactionnaires est bien de chercher à pousser les conservateurs vers des positions plus radicales en les décrivant comme les idiots utiles du progressisme parce qu’ils acceptent le jeu démocratique. Il y a là, montre l’auteur, un ressort crucial de la néo-réaction.

 

“S’il ne nomme que peu dans son livre la science et la recherche en tant que telles, il montre que la critique néoréactionnaire du libéralisme politique est aussi une entreprise délibérée pour définir à nouveaux frais ce qu’est le progrès.”

Les trois temps de la néo-réaction
L’analyse propose de partir d’une distinction entre trois pôles idéologiques réactionnaires qui s’inscrivent dans l’histoire du paléoconservatisme et jouent un rôle central dans le trumpisme : l’alt-right, le postlibéralisme et la néo-réaction.

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Représentation simplifiée des principaux courants évoqués, source A.Miranda, op.cit., p.32

Central lors de la campagne de 2016, le pôle de l’alt-right, né à la fin des années 2000 et partiellement normalisé par Steve Bannon, a fait preuve d’une efficacité rhétorique remarquable pour porter Trump au pouvoir sans pour autant réussir à structurer durablement l’action de son premier mandat : l’establishment conservateur exerçant une capacité réelle de résistance, il a décliné après son chant du cygne symbolique le 6 janvier 2021. Même si l’alt-right demeure active aujourd’hui autour de figures radicales comme Nick Fuentes, elle pourrait être supplantée aujourd’hui en influence par la néo-réaction.

Dans sa version la plus simple, celle portée par le blogueur Curtis Yarvin, la néo-réaction a pour objectif de détruire la démocratie pour la remplacer par une monarchie dirigée par un PDG à la manière d’une entreprise. Mais Miranda s’intéresse surtout aux éléments les plus nouveaux dans cette constellation au regard de la tradition réactionnaire : l’héritage libertarien et la fascination pour la technologie.

L’auteur propose une périodisation en trois temps de l’émergence de la néo-réaction. Il distingue d’abord un moment de genèse autour de 2006–2007, avec les premières interventions de Curtis Yarvin (dont le pseudonyme est Mencius Moldbug) et la publication du Manifeste formaliste, qui fonde intellectuellement un milieu encore restreint et largement structuré par sa seule figure.

L’auteur identifie ensuite un moment de cristallisation doctrinale en 2012–2013, lorsque Nick Land, un philosophe venu de la gauche et de l’Université, publie The Dark Enlightenment, donnant au courant son nom en complétant le travail de Yarvin par une dimension techno-futuriste affirmée (à travers l’accélérationnisme) et par une dynamique délibérée d’auto-définition.

L’auteur montre enfin un tournant stratégique paradoxal : au moment même où la néo-réaction se stabilise comme courant intellectuel, Yarvin réduit sa production théorique publique pour investir les sphères économiques et politiques. Miranda analyse cette inflexion à travers le projet Urbit, soutenu par Peter Thiel et Marc Andreessen, et les mises en relation politiques facilitées par Thiel, notamment avec J. D. Vance. L’ouvrage montre que Yarvin a théorisé ces modalités d’investissement des sphères politiques dès ses premiers textes, bien avant son succès idéologique. C’est ainsi qu’il devient une référence idéologique de la droite trumpiste, à la faveur notamment de la NatCon (National Conservatism Conference) : dès 2021, J.D.Vance revendique son influence dans une interview sur le podcast de Jack Murphy.

Miranda en conclut que cette stratégie d’entrisme porte partiellement ses fruits, tant par la reprise indirecte d’idées néoréactionnaires sous l’administration Trump II que par la médiatisation accrue de Yarvin, symbolisée par sa présence dans les shows de Tucker Carlson ou Charlie Kirk, puis surtout par son entretien au New York Times en janvier 2025. Certains critiquent aujourd’hui, par exemple dans une tribune récente au Monde, cette médiatisation qui aboutit nolens volens à conférer à Yarvin, obscur blogueur, une vraie légitimité intellectuelle. Mais pour Arnaud Miranda, le constat de son influence s’impose de fait : « avec la désignation de Vance comme colistier puis la victoire électorale de Trump en novembre 2024, Yarvin a désormais ses entrées à la Maison Blanche. Il est présenté par de nombreux médias comme l’un des inspirateurs des premières mesures de la nouvelle administration : la création du DOGE, la position des Etats-Unis à l’égard de la guerre en Ukraine, le plan pour Gaza ou l’ultra-présidentialisation du régime font directement écho à ses préconisations ».

“Dans sa version la plus simple, celle portée par le blogueur Curtis Yarvin, la néo-réaction a pour objectif de détruire la démocratie pour la remplacer par une monarchie dirigée par un PDG à la manière d’une entreprise.”

La critique de la « Cathédrale »
Bien sûr, le fait que Yarvin soit « présenté par de nombreux médias » comme influent ne suffit pas en soi à faire de ses idées un courant politique d’intérêt. Parler d’une mouvance idéologique n’a de sens que s’il s’avère possible d’en identifier les repères théoriques fondamentaux. L’enquête d’Arnaud Miranda lui permet d’en énumérer cinq principaux : l’inégalitarisme ; le pessimisme anthropologique ; la haine de la démocratie ; le refus du libéralisme politique ; et un optimisme général à l’égard de la technique (p. 154). A ces cinq éléments s’ajoute le caractère contre-culturel délibéré.

Le levier de la critique du libéralisme politique chez Yarvin est la critique de la « Cathédrale », soit le nom qu’il donne à un attelage supposé de l’Université et des médias mainstream.

C’est grâce à elle, dit Yarvin, que depuis 1945 l’universalisme progressiste est devenu dans nos démocraties une religion hégémonique de l’égalité qui ne dit pas son nom. Or pour lui, cet idéalisme universaliste ne produit que désordre et chaos par son incapacité à voir le monde tel qu’il est : la Cathédrale, telle que définie précédemment, est le premier obstacle d’un gouvernement efficace et prospère.

C’est que selon Yarvin le problème principal posé par la Cathédrale est son lien direct avec le pouvoir : dans cette religion qu’il prête à la Cathédrale, on doit bien constater dit-il qu’il n’y a pas de séparation entre Eglise et Etat. Yarvin considère que la religion du progressisme, fomentée par les intellectuels à l’Université, dicte sans filtre leurs choix aux hauts-fonctionnaires, au gouvernement, aux ONG etc. Pour lui, « les universités formulent les politiques publiques. La presse guide l’opinion publique. Autrement dit, les universités prennent les décisions, en faveur desquelles la presse produit du consentement » 2 . Arnaud Miranda ne le dit pas, mais on devine ici la source du discours trumpiste sur la « politisation de la science », on y reviendra. Surtout, la mise à bas de la Cathédrale est le symétrique d’un programme de destruction du « deep state » appelé RAGE (pour « Retire All Government Employees ») de façon à briser le régime démocratique par ses deux bouts (son « cerveau » et ses membres).

Dans sa conclusion, Arnaud Miranda montre que les néo-réactionnaires ont en commun de mettre systématiquement la sphère politique « sous la tutelle d’un absolu qui la dépasse – qu’il s’agisse d’une vérité religieuse, technologique ou prétendument naturelle ». En réalité, on sait bien qu’il n’y a rien de très original à transformer la politique en un combat eschatologique contre des forces ennemies : après tout, comme le rappelait en janvier le politiste Jean-Yves Pranchère interviewé ici dans La Grande Conversation, « l’époque actuelle abonde en mouvements politiques qui pratiquent ce même double jeu d’un discours du sublime couvrant les politiques les plus vulgairement « matérialistes » et d’une invocation des dignités religieuses au service des brutalités nationalistes et de l’idolâtrie de la force ». Ce refus de l’autonomie du politique n’est certes pas l’apanage des idées de la néo-réaction, mais il faut pourtant le traiter comme un point essentiel : c’est là que se joue, non seulement la dimension eschatologique de cette pensée, mais aussi son refus féroce de l’incertitude, de la complexité et de la délibération qui caractérisent la démocratie, au profit du choix d’une fascination violente pour l’efficacité.

Rendre compte d’une histoire numérique des idées
L’ouvrage s’intéresse tout particulièrement au fait que la néo-réaction s’est constituée presque exclusivement en ligne, « dans l’interaction décentralisée de blogueurs entre eux », le plus souvent sous pseudonymes (p.48). Une genèse qui la place donc à l’écart des processus classiques de fabrication de l’idéologie politique, qui ignore totalement les codes intellectuels académiques, et qu’on aurait tendance à prendre pour du dilettantisme.

Miranda montre au contraire que le succès politique de la néo-réaction est le fruit de stratégies numériques parfaitement pensées. Pour prendre au sérieux l’émergence de ces idées et pouvoir en rendre compte, « il faut se détacher des modalités classiques d’analyse des idées politiques fondées sur des corpus stabilisés ou des ouvrages canoniques ». La pensée néoréactionnaire se développe avant tout à partir d’articles de blog, commentés, repris, critiqués, copiés et débattus sur d’autres blogs ou sur des forums : l’originalité de la méthode de Miranda est donc de prendre pour objet la façon dont cette intertextualité numérique structure la nébuleuse idéologique néoréactionnaire. Il montre comment, à partir d’un foisonnement de comptes et de contributeurs, la communauté se structure grâce à un véritable travail autoréflexif sciemment conduit (p.39). L’effort de théorisation d’un socle commun est délibéré et explicite, de même que la volonté de partager des « listes de lectures » qui forment peu à peu ce que les membres appelleront bien un « canon néoréactionnaire ».

Une technique pensée pour mettre en déroute : le passivisme
Dès 2009, Curtis Yarvin recommande à ses followers l’adoption d’une posture qu’il nomme le « passivisme » et qu’il oppose à toute forme d’activisme politique. Ce dernier, qui caractérise plutôt le développement de l’alt-right populiste, consiste habituellement à inonder l’espace numérique et public de ses idées. L’objectif de Yarvin est au contraire de se concentrer sur la production théorique et la constitution de réseaux interindividuels d’élite – sans risquer d’activer ce qu’il nomme le « système immunitaire » de la démocratie. La pénétration des idées doit avancer « au sein des élites politiques et intellectuelles sans que celles-ci aient à subir les stigmates de cette affiliation » (p.51). L’intérêt d’Internet, dit Yarvin, est qu’il « perturbe la boucle de rétroaction entre {la Cathédrale} et le pouvoir politique ». Il permet, pour autant que l’on sache s’y montrer passiviste, de diffuser les idées réactionnaires sans être « identifié par les cellules T 3  comme une secte numérique dangereuse, quasi fasciste » : « le blogueur passiviste apparaîtra, au pire, comme inoffensif et extrêmement étrange » 4 .

 

 

“Miranda montre que le succès politique de la néo-réaction est le fruit de stratégies numériques parfaitement pensées.”

Une contre-culture numérique puissante
Cette stratégie passiviste, fondamentalement élitiste, s’accompagne d’un usage parfaitement maîtrisé de la culture numérique : les métaphores issues de la culture populaire, les allusions à Matrix, Star Wars ou au Seigneur des anneaux saturent les textes néoréactionniares, et leurs comptes multiplient le recours aux mèmes et au trolling. Ces références constantes à la pop culture, cette attention experte à la fabrique des blagues (pranks) et des visuels, permettent un « détournement des codes traditionnels de la production intellectuelle » (p.49) qui est délibéré : il s’agit d’un élément de la lutte contre les intellectuels universitaires et les médias. Les références pop-culture permettent de souder une communauté autour d’une culture commune ; mais elles rendent également le discours beaucoup plus difficile à saisir et à critiquer depuis les cadres traditionnels de l’argumentation. Ainsi, il s’agit par exemple de rester toujours ironique (c’est le principe du trolling) afin d’empêcher toute résistance : « le but de tout ce genre d’action politique doit être le même que celui du samizdat mémétique, à savoir rendre l’ennemi ridicule » écrit ainsi le blogueur Bronze Age Pervert auquel Miranda consacre plusieurs pages.

Au niveau même du style et de l’utilisation de la langue, on trouve notamment chez Yarvin la volonté, grâce au format blog, de dénoncer l’imposture supposée du régime discursif intellectuel dominant, mais aussi « de rendre impossible toute récupération rationnelle ». Il adopte délibérément un style décousu (le « style Molburg »), passant sans cesse d’un registre à l’autre tout en maniant l’ironie provocante ; « l’autre jour je bricolais dans mon garage et j’ai décidé d’inventer une nouvelle idéologie » écrit ainsi Yarvin en tête du premier texte publié sur son blog. Et Nick Land théorise plus nettement encore sa volonté de « hacker la langue » en écrivant volontairement des textes cryptiques, voire illisibles : « à l’organisation rationnelle du langage doit succéder l’immanence d’un langage irrécupérable par le pouvoir, parfaitement cybernétique », conclut Miranda (p.85).

 

La place centrale de l’eugénisme
Il est crucial de mesurer combien la néo-réaction est traversée par une référence à la génétique, consubstantielle tant à son racisme qu’à son projet eugéniste et transhumaniste. Arnaud Miranda le démontre en se concentrant sur quelques auteurs moins visibles que Yarvin et Land. L’exploration de l’eugénisme est particulièrement détaillée chez Spandrell. Celui-ci propose une théorie qu’il appelle « bioléninisme » : l’idée est de dire que la gauche a saboté la qualité génétique de l’élite occidentale en remplaçant dans l’accès à l’élite les hommes blancs par « tout le reste » c’est-à-dire « les femmes, les Noirs, les homosexuels, les musulmans, les transsexuels, les pédophiles ». Pour Spandrell, « la Cathédrale remplit le même rôle que le Parti {pour Lénine}, dans la mesure où elle rend hégémonique l’idéologie progressiste. Elle promeut ainsi la formation d’une classe dirigeante composée d’individus issus de classes naturellement inférieures, c’est-à-dire de minorités » (la prémisse des néoréactionnaires étant que les hommes blancs ont un QI supérieur).

Ces auteurs appellent de leurs vœux de supposés progrès de la manipulation génétique aux fins de sélectionner une élite conforme à leurs idéaux, et accusent violemment la « Cathédrale » d’en avoir freiné le succès depuis la Seconde Guerre mondiale, pour des raisons prétendument morales, purement idéologiques ou politiques placées sous le signe de l’universalisme. Dans la dernière partie de The Dark Enlightenment, Land décrit donc comment la mise à bas des universités (par « l’abolition et la confiscation », méthode qu’il appelle « Henri VIII) » et des médias (en les nationalisant) permettrait de faire advenir un horizon bionique dans lequel l’homme ne se distinguerait plus de la technologie : une « néospéciation inégalitaire et transhumaniste » qui, montre Miranda, est le futur « hyperraciste » auquel la néo-réaction aspire.

Des mots au réel : quelle influence de la néo-réaction ?
Arnaud Miranda anticipe la critique : s’il y a toujours eu des illuminés obscurs prônant en chambre la destruction de la démocratie ou même la victoire sur la mort, plus rares sont les illuminés qui ont un réel impact sur le cours de la vie politique. Yarvin, Land et les autres seraient-ils de ceux-là ? Il serait prudent d’en retenir l’hypothèse, et Miranda énumère quelques bonnes raisons à cela.

D’abord, leurs idées circulent déjà largement, elles sont traduites, compilées et reprises par leurs promoteurs. Surtout, elles sont lues par des personnes en position de pouvoir, à Washington et ailleurs. À ce titre, « on ne peut pas se satisfaire d’une posture qui feindrait d’ignorer qu’elles existent : le langage néoréactionnaire occupe une place grandissante dans les discours illibéraux aujourd’hui » 5 .

Premier canal d’influence : l’appui des milliardaires de la tech, autour des figures de Peter Thiel et de Marc Andreessen auxquels l’ouvrage consacre un chapitre. Le parcours de Peter Thiel y est présenté comme emblématique de la trajectoire typique d’un néoréactionnaire : celle d’un ancien libertarien déçu par l’incapacité du libertarianisme à se traduire politiquement.

Au-delà de ces figures influentes, l’auteur montre que l’influence néoréactionnaire sur le trumpisme se manifeste aussi à travers des indices institutionnels, programmatiques et discursifs.

Il considère que le projet du DOGE (Department of Government Efficiency) constitue un cas paradigmatique, en ce qu’il transpose directement la conception developpée par Yarvin de la transition de la démocratie vers l’État-entreprise, pensée sur le modèle d’une liquidation menée par un dirigeant issu du monde des affaires. L’auteur souligne également que les propositions de Trump concernant Gaza font directement écho aux thèses de Curtis Yarvin sur la transformation des territoires et des populations en actifs économiques.

Il distingue toutefois ces exemples spectaculaires d’une influence plus diffuse et plus structurante. Celle-ci réside principalement dans la reconfiguration de la justification idéologique de l’action extérieure américaine. Il observe un glissement d’un registre néoconservateur fondé sur la morale et la démocratie vers une logique impériale, mercantiliste et assumée de la puissance brute. Il conclut que cette évolution correspond étroitement à la grammaire idéologique élaborée par les penseurs néoréactionnaires depuis la fin des années 2000.

 

“Il observe un glissement d’un registre néoconservateur fondé sur la morale et la démocratie vers une logique impériale, mercantiliste et assumée de la puissance brute.”

Des mots au réel : une réflexion qui se veut politiquement utile
L’ouvrage réclame d’être lu à la lumière des enjeux politiques internes qu’affronte aujourd’hui l’administration Trump (p.140 sq). Il rappelle, en citant notamment le travail de Marlène Laruelle 6  que la coalition Trump repose sur la combinaison hybridée du technofuturisme d’un Musk, du national-populisme de Bannon, et du traditionalisme fuyant de Vance – les trois stars de la Conservative Political Action Conference de février 2025 (à laquelle, rappelons-le, Sarah Knafo représentait la France, Jordan Bardella y ayant annulé son discours en signe de protestation contre le « geste faisant référence à l’idéologie nazie » de Steve Bannon).

Dans cette triade Musk-Bannon-Vance, note Miranda, la néo-réaction s’est attribué « le rôle de catalyseur idéologique ». Or si « le succès électoral de Trump en 2024 tient à un alliage idéologique complexe », celui-ci connaît aujourd’hui de sérieuses turbulences : départ d’Elon Musk, assassinat de Charlie Kirk, affaire Epstein, ces épisodes parmi d’autres dessinent en creux, à l’approche des élections de mi-mandat, de cruciaux enjeux d’influence entre les composantes hétéroclites de MAGA – sans compter les revirements complexes de la mouvance new age incarnée par RFK Jr et sa composante MAHA, que Miranda ne traite pas.

Que conclure de ces fragilités ? Il ne s’agit pas de se croire prophète, dit Miranda, mais il reste qu’« analyser la diversité des courants idéologiques du trumpisme revient à le désacraliser ». L’alliage idéologique hétérogène qu’il décompose pour nous ne tient que parce qu’il s’appuie sur une dynamique politique dont Trump se présente comme le puissant catalyseur. L’étude attentive de la façon dont chaque courant est bâti permet de percevoir les faiblesses des constructions idéologiques et des forces en présence.

Et qu’on ne vienne pas dire, conclut Miranda, qu’il ne s’agit après tout que d’idées ou de mots ! Car en fait c’est bien là tout ce dont nous disposons pour comprendre le réel et anticiper l’avenir. Le dernier paragraphe du livre en appelle donc judicieusement à notre propre éthique du langage, qui demeure après tout notre seul bagage. « Ne pas céder à la fascination suppose d’interroger l’effet de ces doctrines sur notre interprétation collective de la réalité – qui n’a aucune existence en dehors du langage qui lui donne sens » (p.156). Prendre au sérieux la langue et la grammaire politique qui informent nos mots et nos idées reste la seule source possible de notre éthique intellectuelle.

“rendre au sérieux la langue et la grammaire politique qui informent nos mots et nos idées reste la seule source possible de notre éthique intellectuelle.”

Quels horizons stratégiques pour Evidences ?
Cet ouvrage, même s’il ne traite que peu du rôle de la science en politique, constitue néanmoins un jalon crucial pour le travail d’Evidences en 2026.

Concernant la science, les pistes qu’il ouvre, à la faveur des questions de l’eugénisme et du transhumanisme, concernent surtout la critique de l’Université comme pilier de la « Cathédrale » progressiste à détruire ; il décrit peu en revanche les liens qui nous interrogent par exemple entre représentations de la science et représentations de la tech.

Reste donc à ouvrir, à partir de là, quelques chantiers spécifiques au périmètre d’Evidences. Le premier chantier concerne ce que l’administration Trump appelle à l’envi « la politisation de la science ». C’était là, rappelons-le, le contenu propre d’un Executive Order de Trump en mai 2025 que de proclamer combien il importe que la science respecte un « Gold Standard » qui la place nécessairement au-dessus de la mêlée politique. 7

Appliquer à cette séquence trumpiste l’éclairage apporté par Miranda permet ici un premier constat : ce n’est pas un hasard si ce discours idéologique semble au premier abord en tout point conforme à la conviction la mieux partagée du monde selon laquelle la science, férue d’objectivité, ne peut pas être militante politiquement. En réalité, ce discours convenu emporte avec lui larvatus prodeo une critique très articulée de la méthode scientifique qu’il prétend servir : il s’agit en fait d’une attaque contre la science comprise comme l’instrument principal du progressisme à démembrer par tous les moyens.

Du reste, le résultat tangible de cet Executive Order, nous le voyons aujourd’hui en toutes lettres par exemple ici sur le site du CDC : « The claim « vaccines do not cause autism » is not an evidence-based claim because studies have not ruled out the possibility that infant vaccines cause autism », et « Studies supporting a link have been ignored by health authorities ». La science « dépolitisée » selon Trump, capable de guider par un « gold standard » une action publique dûment « evidence-based », sera en réalité dorénavant celle qui produira les études demandées par RFK Jr et Trump sur les causes de l’autisme qu’ils fantasment.  La mise en demeure adressée aux scientifiques est claire : ne pas y répondre, ne pas produire les études requises dans ces discours, ce sera non seulement risquer de perdre l’accès aux financements fédéraux, mais ce sera aussi, on le comprend à la lumière du travail de Miranda, accréditer tout bonnement l’idée que la « Cathédrale » scientifique universitaire est isolée et asservie à la survie autophage du progressisme – au lieu d’être dédiée à l’intérêt des gens.

D’autres chantiers découlent de cette entrée. Miranda suggère en fait que le concept même de « progrès » est en jeu. A la jonction des représentations contemporaines de la science et des représentations de la tech, ce concept est en réalité déjà soumis à la question et violemment torturé par la néo-réaction. Nick Land, cité par Miranda (p.93), écrit carrément : « la tendance à l’accélération est historiquement compensée » par le libéralisme politique – et « ironiquement, la fabrique de ce mécanisme de freinage a été nommée progrès » ! On comprend donc que le vrai progrès selon Land serait celui que la démocratie libérale a prohibé, sous des prétextes idéologiques qu’il juge infondés et au mépris de l’efficacité qui, seule, devrait guider nos choix : l’émergence evidence-based d’une élite génétique du QI.

 

”Cet ouvrage, même s’il ne traite que peu du rôle de la science en politique, constitue néanmoins un jalon crucial pour le travail d’Evidences en 2026.”

En réponse, il faudrait creuser comment il parvient à déduire ce délire eugéniste de sa critique des choix scientifiques du libéralisme. Car c’est, suggère Miranda, de cette critique du libéralisme inféodé au progressisme jusque dans ses choix de politique scientifique, que découlent explicitement les spéculations néoréactionnaires sur l’élite bionique, fruit de manipulations génétiques que la science libérale « politisée » aurait hélas bêtement proscrites. Quelle serait la riposte appropriée ? Faut-il justifier à nouveaux frais notre grammaire scientifique en réponse à ces attaques ?

La question de la centralité de la tech dans la néo-réaction est cruciale et pose aussi la question de son lien avec le progrès scientifique et l’innovation. Certains auteurs, comme Sylvie Laurent parlant de Contre-révolution californienne 8 ou bien Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet 9 invoquant l’émergence d’un techno-fascisme (et interviewés ici pour La Grande Conversation), ont exploré dans des ouvrages parus en 2025 la question précise du voisinage historique entre la néo-réaction et le monde de la tech. Au-delà, ils ouvrent davantage que ne le fait Arnaud Miranda leurs interrogations sur l’union que l’on observe entre eugénistes, défenseurs des pseudo-sciences, défenseurs de hiérarchies raciales ou de genre, prophètes transhumanistes, monde de la tech, entrepreneurs des cryptos ou marchands d’innovations bien-être, healthy ageing, naturopathes ou même psychédéliques.

Un chantier voisin de critiques est celui la définition de l’intégrité scientifique. Evidences vient de rendre compte (ici) d’une enquête toute récente du New York Times sur la façon dont des charlatans-chercheurs volent les données de la cohorte ABCD du NIH : ils les tordent pour accréditer leur idée d’une supériorité cognitive des gènes caucasiens, mais ils savent donner à leurs interprétations loufoques les atours singés de la vraie science. La leçon à travailler en l’espèce n’est pas aisée : devons-nous décomposer et justifier à nouveaux frais les méthodes qui permettent d’établir que certains savent quand d’autres singent ? On anticipe que ce travail de démonstration prêtera immédiatement le flan à la critique : qui sont ces élites qui définissent elles-mêmes leurs propres méthodes comme si elles tenaient le ministère du vrai ?

Sommes-nous prêts à assumer pareille posture d’arbitres de la vérité ? Le livre d’Arnaud Miranda nous oblige à y réfléchir, en nous montrant en tous cas que le pari stratégique très conscient, pesé et délibéré de la néo-réaction, c’est que nous n’oserons pas le faire…Parce que ces délires qui nous offensent s’affichent complaisamment en ligne sous des déguisements langagiers que nous jugeons vulgaires et loufoques, nous aurons certes le plaisir de juger qu’ils ne sont manifestement pas très sérieux. Serait-ce une erreur ?

L’intérêt majeur du livre d’Arnaud Miranda est de nous donner des éléments renseignés pour y réfléchir.  Il nous suggère aussi quelques clés pour préparer la réponse. Dire ce que sont la science et le progrès n’a de sens, dans ce contexte, que si l’on accepte de le faire non pas en répétant les cadres de pensée anciens hérités des Lumières, mais à nouveaux frais – et dans l’obscurité. En remettant hélas les compteurs culturels à zéro, et en acceptant apparemment de ne tenir aucun tabou pour acquis, y compris celui d’une quête de fondements scientifiques au service du racisme et de l’eugénisme.

Convoqué à pareil travail, le think tank Evidences prendra la part qui lui revient – mais en appelle surtout à toutes les bonnes volontés venues des mondes de la science, de l’éducation, du politique et des idées !

“Convoqué à pareil travail, le think tank Evidences prendra la part qui lui revient - mais en appelle surtout à toutes les bonnes volontés venues des mondes de la science, de l’éducation, du politique et des idées !”
Notes
  • 1
    A.Miranda, entretien Le Grand Continent, 21 janvier 2026
  • 2
    Curtis Yarvin, « Open letter to Open-Minded Progressives : Chapter 8 », 5 juin 2008
  • 3
    i.e. les cellules tueuses du système immunitaire face aux infections
  • 4
    Idem, cité par A.Miranda p.71
  • 5
    A.Miranda, entretien Le Grand Continent, 21 janvier 2026
  • 6
    Marlène Laruelle, « Vance, Musk, Bannon : les trois corps de Trump », Le Grand Continent, 25 février 2025
  • 7
    L’exposé des motifs de cet Executive Order (à lire absolument ! ) commence par critiquer vertement le soutien des CDC à la fermeture des écoles durant le Covid, puis la référence fréquente au « “worst-case scenario” du GIEC dans les publications des agences environnementales, avant d’affirmer : « Actions taken by the prior Administration further politicized science, for example, by encouraging agencies to incorporate diversity, equity, and inclusion considerations into all aspects of science planning, execution, and communication.  Scientific integrity in the production and use of science by the Federal Government is critical to maintaining the trust of the American people and ensuring confidence in government decisions informed by science. My Administration is committed to restoring a gold standard for science to ensure that federally funded research is transparent, rigorous, and impactful, and that Federal decisions are informed by the most credible, reliable, and impartial scientific evidence available ».
  • 8
    Sylvie Laurent, La Contre-révolution californienne, Seuil, 2025
  • 9
    Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, Apocalypse Nerds. Comment les techno-fascistes ont pris le pouvoir, Divergences, 2025
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