Soutenez-nous !
Logo Evidences
Evidence vs. Évidence – un accent qui change tout - Institut Evidences

Evidence vs. Évidence – un accent qui change tout

Par Agnès Buzyn
Publié le 12 mai 2026
Evidence vs. Évidence – un accent qui change tout - Institut Evidences
Par Agnès Buzyn
Par Agnès Buzyn est Professeur d’Hématologie à l’Université Paris-Sorbonne. Ses travaux de recherche réalisés à l’Inserm entre 1995 et 2008 ont porté sur l’immunologie des tumeurs. En 2008, elle a été nommée Présidente de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), puis en 2011 Présidente de l’Institut National du Cancer (INCa) mandat pendant lequel elle sera en charge de la rédaction du 3e Plan Cancer. En 2016, elle est nommée Présidente du Collège de la Haute Autorité de Santé (HAS), avant d’être nommée Ministre des Solidarités et de la Santé (2017-2020). Recrutée au cabinet du Directeur Général de l’OMS en janvier 2021, comme envoyée spéciale pour les affaires multilatérales (poste de diplomate), elle en partira en septembre 2022 pour être nommée Conseiller Maitre en Service Extraordinaire à la Cour des Comptes. Elle siège dans divers conseils d’administrations d’ONG ou d’associations.

Voilà bien un faux ami qui mérite d’être expliqué : En français, une évidence se passe d’explication — elle s’impose, elle dispense et nous envahit telle une croyance. En anglais, evidence oblige au contraire à une démontrer et passe par une méthode, celle de la recherche de preuve : observer documenter, justifier. L’une ferme la conversation ; l’autre l’ouvre. L’une dit c’est comme ça ; l’autre demande comment le sait-on ?

Et le véritable problème n’est pas simplement linguistique. Il est démocratique. Demander des preuves, c’est faire un geste subversif dans l’époque actuelle : c’est refuser que l’autorité ou que le « bon sens » tienne lieu de démonstration. C’est dire à l’expert, au ministre, au professeur, au journal télévisé : prouve-le. Ce petit mot est profondément démocratique — et profondément irritant pour qui préférerait ne pas avoir à se justifier.

En démocratie, l’evidence-based est une idée centrale : gouverner avec des données plutôt qu’avec des idéologies, évaluer les politiques publiques, les réorienter, les justifier, en voilà une idée !

La difficulté tient en ce que les preuves ne parlent jamais d’elles-mêmes — quelqu’un choisit quelles données compter, quelles études financer, quelle définition du « résultat » retenir. La science n’est pas une boussole neutre, elle est elle-même un terrain disputé. Ce qui ne signifie pas qu’elle vaut autant que n’importe quelle opinion. Simplement que brandir des études comme on brandit une évidence, c’est refaire, par d’autres moyens, le même geste d’autorité. La différence entre la pensée fondée sur les preuves et l’évidence à la française n’est pas que l’une a raison et l’autre tort. C’est que l’une accepte d’être interrogée — et que l’autre, par construction, ne le supporte pas.

Articles récents